La plus belle pointe de vitesse de toute l’histoire de SailGP a été réalisée aujourd’hui par les Français (99,94 km/h, soit 53,96 nœuds) en baie de Saint-Tropez. Ce record est à l’image de cette journée disputée dans 25 nœuds de Mistral : complètement folle ! A l’attaque, au bord de la rupture – les Canadiens ont failli chavirer –, les neuf protagonistes du Range Rover France Sail Grand Prix I Saint-Tropez ont donné à leur public une prestation à couper le souffle. Trois régates au contact, pleine balle, dont on retiendra les bords de reaching d’anthologie.

France Sail Grand Prix | Saint-Tropez | Season 3 | France | Racing

« On a repoussé les limites »

Ce soir, les pilotes de SailGP rentrent à terre avec la sensation d’avoir vécu une journée hors du commun. Éreintés et surexcités, ils ont navigué à la limite des bateaux, à touche touche, sans jamais mettre le pied sur le frein. « Il y avait 30 nœuds par moments et je n’en reviens pas du niveau de la flotte, s’étonne Quentin Delapierre. On a repoussé les limites en étant capables de faire trois courses dingues, en étant au-dessus de 50 nœuds avec 8 bateaux autour. Par moment, c’était chaud ! ».

L’équipe tricolore a battu le record de vitesse jamais atteint sur un F50 depuis le lancement de la league SailGP, et frôlé les 100 km/h. Une super récompense pour Quentin Delapierre et son groupe qui sont restés combatifs toute la journée. Malgré une entrée en matière en demi-teinte (deux fois 6e), et des départs en retrait, ils ne se sont pas démobilisés et signent une belle troisième course (2e), grâce à un coup tactique dans le dernier bord de près à l’opposé de leurs concurrents, sur la droite du plan d’eau.

Un pugilat à toute berzingue

Rien n’a été acquis pour personne aujourd’hui tant la flotte était compacte et les rebondissements nombreux. Une fois n’est pas coutume, les départs n’ont pas été les seuls juges de paix. La hiérarchie s’est souvent retrouvée bousculée dans un dernier bord de reaching à toute berzingue vers la ligne d’arrivée. Dans la manche 1, les Australiens ont vu toutes les couleurs de l’arc en ciel, passant en l’espace de quelques secondes de la troisième à la première puis à la cinquième place, après un planté magistral devant la ligne. Dans la seconde régate du jour, les Canadiens frôlent le chavirage sur le finish. Attaquer sans crasher, tel était le mot d’ordre !

Les Frenchies à la chasse au podium

Vainqueurs de deux des trois courses du jour, les Néo-Zélandais de Peter Burling, très en forme cet été (ils ont remporté les deux derniers Sail Grands Prix) prennent ce soir la tête du classement provisoire, deux points devant les Américains. Après plusieurs mois en mal de résultats, James Spithill et son groupe reviennent sur le devant de la scène. La Française Amélie Riou, à bord du bateau US en tant que stratégiste, ne cachait pas sa joie à son retour à terre.

Les Français sont quant à eux 4e, à un petit point du podium et du team Australien.

Demain dimanche, le format a été revu. Les équipages disputeront trois régates (au lieu de deux habituellement) qui finiront de sélectionner les trio d’élus à la finale.

Le décor devrait être bien différent dans le golfe de Saint-Tropez. Exit le Mistral et place aux petits airs dans un vent variable. La bagarre n’en sera pas moins rude car les écarts en points restent tenus.

Ils ont dit :

Quentin Delapierre à propos du record de vitesse : « On sent beaucoup de choses à bord à partir de 95 km/h. Le bateau se met à trembler, on ne sait pas trop où ça va s’arrêter, la barre tremble aussi. C’est un phénomène de cavitation et on peut se planter à tout moment. Je suis surexcité par cette journée. Je n’ai jamais connu ça en voile, c’est dingue ! »

James Spithill, skipper de l’équipe Américaine : « En termes de régate et de vitesse au contact, c’est certainement la journée la plus impressionnante que j’ai vécue. C’était vraiment la limite, l’extrême limite. Le principal problème étant la cavitation sur les foils, les safrans, parfois, tu perds le bateau. Mais c’est super de revenir aux avant-postes. Et Amélie a fait un super job, elle est géniale. On veut lui trouver un passeport américain (rires) ! »

Amélie Riou : « J’étais un peu stressée au début de la journée. Mais je me suis vraiment sentie impliquée. J’avais des missions précises et ils m’ont fait une place au sein de leur équipe. J’étais en charge de surveiller les bateaux autour, car il y a un angle mort et on ne les voit pas toujours correctement. J’étais focalisée là-dessus, mais aussi sur le timing des départs. On a fait de bons résultats donc j’ai encore plus le sourire ! »

BONUS

Les Français dans SailGP

De nombreux talents œuvrent pour SailGP en dehors de l’équipe tricolore. Que ce soit chez les adversaires ou dans l’organisation générale. Aujourd’hui : David Rey

Il est ingénieur, il a 32 ans et il est dans le secret des Dieux. David Rey est analyste de données pour SailGP au sein d’une cellule de 12 personnes chargées de récupérer, diffuser et analyser l’énorme batterie d’informations captées à bord des F50.

Pendant les navigations, 45 000 points par seconde et par bateau sont envoyés dans l’Oracle Cloud. Toutes ces données de performance, de jauge, de contraintes circulent, sont diffusées aux équipes en direct sur les bateaux des coachs ou sont consultables à postériori et permettent d’établir des rapports de performance. Quelles sont ces données ? « La vitesse du bateau, du vent, l’angle du vent, l’angle de chaque appendices - les foils et les safrans -, on mesure aussi la hauteur de vol, le twist (vrillage) et la profondeur de l’aile, le pitch (assiette longitudinale) et la gîte. Nous avons également des données concernant les tensions, les charges, les volumes d’huile (pour le système hydraulique), la chaleur des pompes, » explique David devant les nombreux écrans de sa ‘tour de contrôle’ au sein de la Tech Base. « Nous veillons à ce que ces données circulent bien. Nous avons aussi des ingénieurs système dans notre équipe qui doivent faire en sorte que les bateaux marchent de manière correcte et de façon équitable. Notre mission comprend aussi la création de dashboards (tableaux de bord) personnalisés pour les coachs, en fonction de leurs besoins. La particularité de SailGP, c’est que toutes les données sont partagées entre les équipes. On peut comparer et analyser les performances des 9 bateaux, à postériori et en direct. Neuf bateaux, c’est neuf équipages différents, neuf manières de faire. C’est super intéressant de pouvoir comparer tout cela et de réaliser des analyses exhaustives après chaque journée de navigation ».